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Écrit par
Max

Hardcore vs casual : la guerre des mondes ?

Mardi 19 février 2008 à 00:37 | Dans la catégorie Non classé

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C’est la guerre ! Bon d’accord, le terme est sans doute un peu extrême, mais soyons honnêtes : alors qu’on croyait en avoir fait le tour, le jeu vidéo est en pleine mutation, pas loin de trois décennies après son apparition dans nos salons. La faute à nos chères machines à jouer, dont les constructeurs se sont mis en tête de réunir le serial gamer, sa maman, la sœurette et le grand-père ! De quoi donner des boutons à ceux pour qui le jeu vidéo est un vrai mode de vie. Bah oui, c’est bien connu : quand un phénomène « underground » devient produit de consommation courante, les fans des débuts se sentent toujours un peu souillés ! Et pourtant, les plaisirs vidéoludiques n’auraient-ils tout simplement pas retrouvé leur chemin après quelques années d’errance ?

 

 

Sécurité casuale

 

Si on s’en tient à la définition anglo-saxonne même, le hardcore gamer (littéralement « joueur inconditionnel ») est tout simplement un puriste du jeu vidéo. Un individu capable d’enchainer les marathons sur un jeu pour le finir avant tout le monde, toujours prêt à disserter sur les nouvelles tenues de Lara Croft ou pour qui la simple vision d’une image dérobée – sur un Iphone craqué, forcément – du prochain FPS qui tue est plus excitante que le nouveau combo balayage/mèches/dégradé de la petite copine (qui appuie sur tous les boutons pour gagner et c’est très énervant). N’oublions pas l’essentiel : notre champion est né avec le jeu vidéo, il y a une trentaine d’années. Il a connu les pixels gros comme des camions, mais aujourd’hui il veut du photoréalisme et de la HD. Le jeu est comme lui : il grandit et devient de plus en plus exigeant.
Face à lui, ceux qui jusque là ne jouaient pas, et que les acteurs du milieu espèrent enfin convertir. Jusque là, le hardcore gamer se contentait de passer le flambeau à son petit frère, seulement voila : la Wii, la DS, Singstar et autre Scene It sont passés par là. Des alternatives qui ébranlent sérieusement le modèle établi, en positionnant le jeu vidéo comme divertissement de masse. Le casual gamer a cela de fascinant qu’il pousse l’industrie à se creuser les méninges pour développer de nouveaux concepts plutôt que se contenter de repousser les limites de la technique. Sur console, le phénomène est d’autant plus flagrant que la norme a toujours été à la course à la puissance d’une génération à l’autre. Avec une machine dans l’arène tous les 5 ans en moyenne, il faut bien se propulser d’emblée assez haut pour tenir la distance. Le PC échappe encore au principe, étant donné son architecture toujours en mouvement. Nos ordis sont bien trop compliqués pour maman et sœurette ; on leur installe les Sims (bestseller mondial, 60% de joueuses et ça grimpe encore…) dans un coin du disque dur et basta ! Cette époque est révolue : tout le monde veut jouer, mais le casual gamer n’a pas les mêmes attentes que le jour traditionnel.

 

Roots bloody roots

 

Les gamers vous le diront : les jeux moches se multiplient plus vite que les espaces non-fumeurs ! Maman veut réfléchir, pas s’en prendre plein les mirettes en Full HD après un tutoriel de deux jours. Remarquez ça tombe plutôt pas mal pour les studios, qui investissent parfois des dizaines de millions de billets pour un jeu à peine rentable, quand un Programme d’Entraînement Cérébral génère plus de profits que le Projet Blairwitch lui-même (recettes de 29 millions de dollars pour 35000 investis).

 

Petit retour dans les années 80. Le jeu vidéo sort de sa tanière (les salles d’arcade) pour se glisser dans nos salons. Les piliers du moment se nomment Atari (Pacman sur 2600 et 7200) et Nintendo (Mario sur NES). Au Japon, la NES, s’appelle « Famicom », pour « Family Computer » . L’ambition de son créateur est de faire du joujou un rendez-vous familial d’un nouveau genre. Fini les jeux de société, place au divertissement numérique. Les moins jeunes se souviennent sans doute de cette époque où des concepts simples et fédérateurs poussaient famille et amis à faire tourner la manette pour passer les niveaux. Une flopée d’accessoires (façon NES Zapper ou R.O.B.) plus ou moins convaincants permettaient régulièrement de relancer le plaisir. Les années 90 et la course à la puissance ont fini par avoir raison de cet état de grâce. Trop de boutons sur les manettes, trop de paramètres à intégrer, trop de temps d’apprentissage, bref, à vouloir en faire trop le jeu vidéo s’est replié sur lui-même. Les joueurs occasionnels ont fini par déserter les lieux, laissant champ libre aux gamers solitaires, toujours prêts à se donner corps et âme à leur passion…

 

Guerre et paix

 

Retour vers le futur : le règne insolent de la DS et de ses petits jeux qui rendent accro ont redonné du souffle à une industrie trop élitiste. L’heure de la réconciliation aurait-elle enfin sonné ? Bien sûr, tous les joueurs pointus vous le diront : perdre à Buzz ou à Wii Tennis contre papy c’est une question de hasard, ce n’est pas digne d’un pro de la manette. Et de toute façon ces jeux sont moches, ils représentent une régression. Et pourtant…le hasard et la simplicité sont l’essence même du jeu vidéo. L’intelligence artificielle ne l’a-t-elle justement pas poussé à son paroxysme, en optimisant la notion d’imprévu ? Le démineur n’est-il pas un vrai aspirateur de vie sociale ? À contrario, impossible de ne pas être subjugué par les qualités esthétiques des dernières créations next gen. Alors on fait quoi ?! Doit-on considérer que Miro est moins talentueux que Michel-Ange sous prétexte que ses traits sont d’une apparente simplicité ?

 

Rendons une bonne fois pour toutes à César ce qui lui appartient : on parle de JEU vidéo, un média censé divertir. Considérer que l’ouverture à un nouveau type de public est un nivellement par le bas est bien trop réducteur. Au contraire, il faut voir cette approche comme un vrai retour aux sources bénéfique. Car il ne faut pas se leurrer : certes, la gigantesque masse financière que représente les nouveaux venus inspire de plus en plus les développeurs, mais il faut garder en tête que les joueurs évoluent et que ces bénéfices pourront aussi servir à créer des jeux plus ciselés. On ne se contente pas ad vitam d’un Sudoku Maniacs ou d’un Wii Sport. Il faudra bien satisfaire les exigences de chacun au fil du temps. Alors la prochaine fois qu’on vous dit que « belle-maman a beau s’astreindre à 8 minutes d’entrainement cérébrale quotidien, ça n’en fait pas une joueuse, non madame » ou que votre voisin ingénieur informaticien est un sociopathe parce qu’il passe 4 heures par nuit sur WoW, levez le poing et dites : le jeu vidéo est l’affaire de tous ! Maintenant qu’il est sorti de son antre, ne le taillons pas en pièces. Sur ce, je retourne battre les scores de maman sur Tetris, ma fierté de gamer est en jeu…

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